Dimanche 31 janvier,
journée calme et ensoleillée.
Beau programme pour commencer à 12 h 15 :
Hans Jörg Mammel et Maude Gratton interprètent des poèmes polonais de Chopin et le superbe Dichterliebe de Schumann.
La prestance physique monumentale de Mammel accentue la sveltesse timide de Maude Gratton ; le couple musical est d´emblée sympathique.
Passés des extraits de Chopin plutôt beaux mais sur lesquels je n´ai pas vraiment d´avis, hormis que l´accompagnement au piano est plutôt chargé...
... vient le Dichterliebe...
Magnifique, indubitablement... Pourtant je suis un peu déçu. Sans nier un vrai plaisir, pas une seconde d´ennui et une tenue irréprochable, je n´ai pas été ému, pas vraiment porté, c´est tout.
Oh, la prestation de Mammel est absolument inattaquable, sa présence est superbe, son timbre puissant et riche, d´une plénitude parfois barytonante... Mais j´attendais le récit tremblant d´amour d´un poète schumannien, romantique, tourmenté et fragile, à la limite de défaillir, là où j´ai plutôt assisté à la vaillance fougueuse d´un Siegfried.
Tout en puissance virile, Mammel utilisait les rares espaces de vide pianistique octroyés par la partition pour oser ce murmure limite audible que d´autres ont choisi dans les nombreux passages si sensibles de ce beau poème...
Quant à Maude Gratton, sa prestation se passait quasi totalement de nuances, doigts de plomb pour un jeu un peu scolaire, elle ne laissait pas vraiment non plus place au tourment intérieur d´un frêle jeune homme pleurant toutes les larmes de son corps... J´ai cru que peut-être la faute en incombait à son bel instrument... Mais non : incontestablement, il s´agissait d´un choix des deux complices, et sans aucun doute défendable, car, en guise de bis, ils nous offrent un magnifique "Im Rhein, im schönen Strome", cette fois dans la version de Liszt, tout en murmures, en soupirs, en dentelles, m´arrachant cette larme que je m´attendais à devoir refouler d´abondance dans le si raffiné Heine de Schumann, connaissant l´immense talent de Mammel notamment lorsqu´il raconte ses Schubert.
13 h 30 : Claire-Marie Le Guay joue une ballade de Liszt, deux Nocturnes de Chopin et \"Après une lecture de Dante\" de Liszt...
Que dire ? Pas d´excès de sucre dans les Nocturne, une capacité inventive à tourner autour des cadences, un joli phrasé...
Les Liszt sont plus... approximatifs en dépit d´un bel engagement. Dans le conflit qui oppose le pianiste à son instrument, elle n´a pas toujours gagné... Le son, au-delà des saturations dues à la petite taille de la salle était honnête. Quelques notes fusaient parfois un peu sèches, mais sinon c´était plutôt du beau piano. Simplement... Rien de bien neuf, de vraiment attrayant ; et parfois, dans les successions virtuoses prises à l´énergie, les doigts ne parvenaient pas à maintenir l´intensité, creusant des fossés involontaires au milieu de déferlements voulus telluriques.
Ce qui m´a remis en mémoire la soirée de vendredi en compagnie de Philippe Cassard. Oui, j´avais vu juste : avec le même instrument ( ou presque ) Cassard dépassait les possibilités de son piano, le submergeait, le poussait à fond et au-delà, investissant tout son corps dans l´étreinte, faisant presque reculer l´instrument... et la horde barbare était toujours sous contrôle. Peu de pianistes peuvent se permettre cette prise de pouvoir, à ne pas confondre avec la brutalité simple dont certains ou certaines font preuve sur leur clavier donnant plus l´impression de vouloir juste le casser...
Au vestiaire, le sourire sans fard d´une très jolie black qui nous a rendus nos vêtements a posé une coda mémorable à ces belles journées musicales.
Voilà, édition 2010 terminée pour moi. Peu de concerts cette année, mais une moyenne qualitative élevée, je suis content et comme à chaque fois un peu triste que ce soit si vite fini...
Puis nous nous sommes rendu à la Chapelle de l´Oratoire admirer Virevoltes de Cécile Bart : une magnifique prise de possession de l´espace et de la lumière au gré du soleil et de la déambulation, une fascination labyrinthique en variations permanentes s´accordant au rythme de chacun... Un art architectural de couleurs à voir absolument !
01 février 2010
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