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Concert à l'ONPL : Brahms et Stravinsky
10 février, concert à L´ONPL.
Concerto n° 2 pour piano de Brahms dirigé par Alain Lombard, ce chef intéressant et probablement bon formateur d’orchestre mais qui s’est un peu fourvoyé dans l’opéra…
...et Rudolf Buchbinder au piano, que personnellement je ne connais pas.

Déjà l’écriture de l’opus est chargée, consistante, avec une partition pour piano qui semble plus destinée à se fondre dans le bloc que de briller constamment de son côté.

Mais là, on a eu la version indigeste.

Oh, le pianiste jouait toutes les notes et proprement. Mais sans âme. Sans ardeur, sans variation. Un peu tâcheron. Jetant de temps en temps un œil hasardeux vers l´orchestre… Et qui plus est l´air assez satisfait de lui…
Une battue empesée et morne d’un chef dont seuls les pieds autonomes frappant l’estrade semblaient vouloir donner des poussées à un orchestre aussi enthousiaste et inspiré qu’un congrès d’unaus ( euh, les paresseux à 2 doigts vivant au Brésil… ), bref un jeu d’orchestre laborieux, ne dégageant quasiment pas de contraste d´un mouvement à l´autre à l´exception de quelques moments vaguement amènes, isolés dans les pianissimi. Une couleur globale un peu sombre, un peu massive.
Un ennui total, pas de choix d’interprétation, une lecture égale, pesante et sans imagination...

Puis vient Stravinsky, le Sacre du Printemps.
Typique d´un univers complexe qui semble du pain béni pour les chefs car au minimum garantissant du spectaculaire. Moi, je ne crois pas que ce soit gagné d’avance : on peut tomber complètement à côté si la mise en place est molle ou si le sens de la cadence est floué.

J’accordais une attention particulière à ce Sacre, car je crois que la découverte du Sacre par Lombard et l´orchestre de Strasbourg chez Erato a fortement contribué à lancer ma curiosité et mon avidité pour la musique "classique" au sens large... Il y a… Ouh là…

Ce soir, alors que, à peine assis, que la salle tousse encore, le chef lance l´orchestre, on devine d’emblée une intention précise, une option solide.
Un tempo modéré, très civilisé, une cadence structurée mais pas du tout mécanique.
Et pendant la totalité de l´exécution, Lombard tiendra très bien cette rigueur presque lente et saccadée, si obstinément que parfois les arpèges semblent se décomposer, tendre vers l´abîme. Dommage qu´il n´ose pas aller jusqu´au bout de cette idée - à savoir donner cette sensation que réussit fréquemment Celbidache de déliter une œuvre, quasiment la désagréger en la sur-structurant - mais quand même c´est bien.
Ce bercement posé mais jamais ennuyeux permet à tous les pupitres d´exister, de rester en place, donnant une lisibilité rythmique très limpide. Parfois, sur quelques passages complexes, il laisse flotter un peu la tenue vers d´émouvantes ondulations sonores des bois et cuivres qui s´enchevêtrent dans des couleurs debussiennes.

Et puis, autre conséquence de ce tempo haché et tenu, en l’accélérant légèrement dans les forte, Lombard crée une soudaine tension dans son mouvement perpétuel et burine alors une fausse dynamique rythmique, une sensation d’accroissement de puissance sonore cependant que jamais il ne demande un effort à l´orchestre dont il a bien cerné les limites.

Il m´avait déjà donné cette impression quand il était venu diriger la Fantastique de Berlioz. Ne jamais exiger trop de l´orchestre, le maintenir dans ses frontières de cohésion : les tutti n´éclatent jamais, restent contenus permettant à tous les musiciens d´exister, sans que jamais les pupitres forts ne submergent les plus faibles.
Mention particulière aux bois qui décidément me paraissent le meilleur pupitre de cet orchestre. Mais les cuivres n´ont pas démérité. Quelques beaux timbres, rugueux à souhait, dans une pâte sonore épaisse et charnelle issue de tous…

Ce n’était pas une version bouleversante, ni électrique ( Bernstein ou Ozawa ), ni barbare ( formidable Dorati avec un orchestre un peu faible côté cordes - Detroit - chez Decca ), ni explosive ( Solti ou Mehta ), ni rigoureuse, évocatrice et dansante ( Monteux ), ni paradoxalement cinglée et conceptuelle ( Neeme Jârvi ) ou juste structurée et conceptuelle ( Boulez avec New York, Stravinsky lui-même, pas idéale ), ni engluée dans un goudron maléfique ( Maazel ), ni vraiment poétique ou mystérieuse ( Karajan ou Markevicth 58 ) à l’exception de quelques échos oniriques dans l’intro mystérieuse du Sacrifice, mais c’était quand même une louable approche cohérente et très adaptée aux qualités de l’orchestre… Pas si mal…


11 février 2010

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